23 projets innovants sélectionnés en 2013 par le FINP

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39 projets déposés, 23 retenus et quelques tendances qui se dégagent, grandes ou petites. Après 8 mois de fonctionnement du Fonds pour l’Innovation Numérique de la Presse Google & AIPG (FINP), c’est d’abord la diversité qui frappe. Diversité des acteurs, diversité des projets. Les éditeurs de la presse quotidienne régionale et nationale (6 et 5 projets sélectionnés) et les pure players (5 projets) affichent un dynamisme certain. Arrivent ensuite les news magazines avec 3 projets financés par le FINP. Un mensuel, le site internet d’une chaîne d’informations en continu, un hebdo et un gratuit ont également vu leur projet retenu. Revue de détails.

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L’info locale, une dynamique particulière

La presse régionale accélère grandement sa stratégie numérique. Avec une approche très éloignée du mimétisme. Projet de paywall fondé sur une stratégie ultra locale comprenant plus de 1400 entrées, commune par commune, pour coller au plus près de sa zone d’influence, ambition affichée dans le data journalisme et le contrôle de la gestion des municipalités via les données publiques ou encore approche de groupe pour différents titres avec déclinaison vidéo et seconde édition numérique payante à feuilleter : c’est en fonction de leurs lectorats et de leur histoire que les éditeurs de presse régionale investissent et essaient de trouver leur voie. Quitte à accepter de se couper d’une partie des revenus publicitaires pour afficher un modèle payant plus en phase avec le savoir-faire maison. Le lien avec le lecteur, l’augmentation du panier moyen, la capitalisation autour d’une marque forte et porteuse de sens au niveau local  sont autant d’atouts sur lesquels parient les éditeurs de presse régionale pour faire basculer les habitudes d’achat du papier vers le numérique.

Les Mags changent de rythme

Le changement de rythme est une tendance du moment loin d’être réservée à la presse locale. A l’autre bout du spectre, cette piste est largement explorée par les hebdos et mensuels. Désireux de bâtir un espace payant à côté du flux d’info qui les a déjà transformés en « journal permanent », les News et périodiques cherchent une voie pour monétiser au-delà des revenus générés par la seule publicité en ligne. D’où cette idée de multiplier les éditions quotidiennes ou hebdomadaires à «feuilleter» sur web, tablettes et mobiles réservées aux abonnés. Avec, à chaque fois, la volonté de défricher de nouveaux formats de présentation et navigation pour prendre peu à peu ses distances avec une mise en scène de type papier qui ne tire pas suffisamment parti des opportunités du numérique. Vidéo, photos et infographies sont évidemment des axes de développement forts pour venir enrichir ces publications. Tous ces titres comptent sur leur puissance et la crédibilité de leur journalisme pour décliner désormais au quotidien des Unes fortes très reprises sur les réseaux sociaux et s’inviter ainsi plus souvent dans les débats qui font l’actu au jour le jour.

Vidéo, automatisation, perso & data (Big ou pas)

La vidéo est l’un des autres grands sujets du moment. D’abord parce que son usage est en plein essor et la demande toujours largement insatisfaite. Côté formats beaucoup est encore à inventer. Actu, reportages, diffusion de flux live, rendez-vous, experts à l’antenne, agrégation : tout se teste et se décline dans les projets déposés au Fonds pour l’innovation numérique de la presse. Loin de rester un accompagnement destiné à enrichir le site ou les applications, la vidéo devient un axe de développement majeur, un acteur ayant par exemple vu sa production passer en un an de 5 vidéos à 100 vidéos publiées chaque jour. Une bascule, qui nécessite chamboulement organisationnel et apprentissage de nouveaux métiers, impossible sans un investissement massif. Mais la tendance pourrait s’avérer payante : les recettes sont en forte hausse sur la vidéo, et la demande d’espace de la part des annonceurs loin d’être satisfaite par les volumes actuellement disponibles sur les sites de presse.

Autres développements coûteux mais qui témoignent des changements profonds en cours dans la presse : la data. Longtemps à la traîne de cette démarche consistant à en savoir le plus possible sur ceux qui consomment le contenu proposé, le secteur saute le pas et défriche de façon massive un nouvel univers. Là aussi les investissements sont lourds, les chantiers de longue haleine avec, au final, une tentative de réinvention complète de la façon dont les éditeurs « écoutent» puis interagissent avec leur audience. Ce mouvement passe par de lourdes évolutions technologiques mais aussi l’embauche et la création de nouveaux métiers comme les analystes chargés d’interpréter ces flux de données croisées (internes et externes au site de l’éditeur) et de les faire parler pour proposer nouvelles offres de contenu aux lecteurs et approches publicitaires ciblées aux annonceurs. Les projets se multiplient et parient tous sur la multiplication des offres commerciales et publicitaires personnalisées grâce à l’identification individuelle et une meilleure connaissance des comportements.

Les processus d’automatisation tous azimuts se multiplient également. Ainsi se mettent en place des chaînes de production pour générer à la demande un ebook ou une édition à «feuilleter» à partir d’un flux web. Des processus sur lesquelles misent certains éditeurs pour proposer, à terme, une édition personnalisée, approche particulièrement pertinente pour la presse régionale qui dispose d’éditions multiples.

A noter également, la volonté affichée par plusieurs éditeurs d’explorer plus avant les usages mobiles en allant au-delà de la réflexion sur les formats. Il s’agit cette fois de proposer des écritures spécifiques pour la mobilité en se fondant sur un constat simple : les types de contenus consommés varient grandement d’un terminal à l’autre. Plus chauds sur mobile, plus longs et réflexifs sur tablettes ; des éditeurs tentent ainsi d’adapter les formats mais aussi les modes d’écriture à l’évolution des usages.

La quête de nouveaux modèles

Les éditeurs indépendants sont eux aussi en phase d’exploration avancée. Ils testent diversification (via le lancement de produits payants de niche ou une offre unique de cours en ligne), nouveau genre de paywall (qui s’adapte à la variété des publics cibles) et explorent les opportunités offertes par les réseaux sociaux (en allant  y chercher les pépites cachées ou les tendances à venir). Les initiatives de diversification B to B se multiplient également avec, par exemple, le lancement d’une lettre d’information régionale.

L’innovation plébiscitée

Alors que la presse traverse une délicate période de mutation, la démarche du FINP consistant à valoriser l’innovation plutôt que la modernisation a pu surprendre. Mais à l’heure où la plupart des acteurs admettent l’absolue nécessité de se réinventer, notamment à travers le numérique, la philosophie portée par le Fonds se conjugue efficacement aux efforts de la plupart des acteurs du secteur. Le dialogue permanent du FINP avec les éditeurs a permis de convaincre que l’aide à la modernisation ne saurait être l’unique voie de soutien pourtant indispensable à la presse.

La création d’un espace laboratoire de l’innovation, voulu comme tel par Google et les éditeurs, est maintenant une réalité. Dans cette approche partenaire, ce sont bien les projets précis, certes ambitieux mais périmétrés et accompagnés d’un modèle d’affaires spécifique dont l’objectif est d’aller chercher de nouveaux revenus et d’explorer de nouvelles approches technologiques, graphiques et éditoriales, qui convainquent le Conseil d’Administration du Fonds. Ce dernier a fait preuve, en 2013, d’une véritable sélectivité et d’une réelle ouverture sur une grande diversité de projets et d’innovations proposées.

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Montant total alloué en 2013 : 16 384 440 euros

Montant moyen alloué : 712 k euros

Les projets 2013

Alternatives Economiques Une publication exclusivement numérique sur l’actualité économique et internationale
457,5 k euros

BFMTV BFM Social Media, la première plateforme sociale d’information politique en France
261 k euros

Charlie Hebdo Une application pour voir et faire des caricatures d’actualité
53,5 k euros

Contexte Un modèle payant «multiface» adapté à une presse de niche
441 k euros

La Croix «La Croix Data-Driven Media», connaître et qualifier son audience pour mieux pousser et adapter les offres payantes
835 k euros

Les Echos «Grid», l’application mobile multi-flux dédiée aux entreprises et à la veille économique
588 k euros

Economie Matin Nouvelles interfaces de navigation dans l’info économique
29 k euros

Express-Roularta Une plateforme big data pour passer d’une approche de marque («brand centric») à une vision «user centric»
1 970 k euros

Le Figaro Figaro.tv, plus de 100 vidéos par jour pour faire entrer le groupe dans l’ère de l’image
1 820 k euros

Jeune Afrique Créer la première plateforme de revente de contenus éditoriaux francophones sur l’Afrique
150 k euros

Libération Une offre de publications numériques exclusives avec journal de fin de journée, suppléments et ebooks à la demande
649 k euros

Marsactu Création d’une lettre spécialisée en ligne sur l’économie à Marseille
131 k euros

20 Minutes Création d’une gamme d’offres publicitaires «Natives» avec un Back office dédié pour l’annonceur
267 k euros

Le Monde 2014 Mobilité first, une offre exclusive et expérimentale dédiée aux usages mobiles
1 840 k euros

La Montagne Créer des supports d’affichage dynamique autour de l’information locale
191 k euros

Le Nouvel Observateur QuotidienObs, premier quotidien digital pour un News magazine
1 990 k euros

Ouest France «Ednum», deux éditions en ligne par jour pour se «différencier du marché numérique français»
1 384 k euros

Le Parisien Devenir le média d’information leader sur le data journalisme
144 k euros

Rue89 Le premier Mooc français sur le journalisme numérique
240 k euros

Slate «SoSlate», la curation sociale automatisée pour analyser les conversations numériques
758 k euros

Sud Ouest Développement d’une offre d’abonnements multidevices
700 k euros

Le Télégramme Création d’un paywall sur une offre d’information locale de qualité
640 k euros

La Voix du Nord Création de 1524 portails hyper locaux derrière un paywall
840 k euros

Coût de fonctionnement du FINP en 2013 : environ 100k  (Soit 0,5% de l’enveloppe disponible en 2013 de 20 millions d’euros). Les coûts de fonctionnement indiqués ne couvrent que la période Septembre-Décembre 2013.

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